La navigation de plaisance commence à se démocratiser en Chine

Un jeune couple a loué un bateau dans la marina de Xinghai, le temps d'une séance photos. - Crédits photo : Elodie Goulesque

Un jeune couple a loué un bateau dans la marina de Xinghai, le temps d’une séance photos. – Crédits photo : Elodie Goulesque

REPORTAGE – Dans le pays, cette activité s’est développée à partir de 2007 avec la création de la première China Cup International Regatta.

«Les propriétaires n’y connaissent rien!», s’exclame Wang, assis sur un tabouret pliable à côté du yacht dont il s’occupe depuis plusieurs années. Le bateau est amarré dans la marina Xinghai, à Dalian, ville de plus de 6 millions d’habitants, dans le golfe de Corée. Un peu plus loin, M. Li prend soin d’un yacht luxueux de 15 mètres de longueur. Il en est le capitaine depuis 2011 mais il a peu l’occasion de sortir en mer: «Mon patron est à Harbin, tout au nord de la Chine, dit-il. Il ne vient pas souvent donc pour entretenir le bateau il le loue de temps en temps.»

Comme le reste de la Chine, Dalian découvre petit à petit la navigation de plaisance.

Mais, quand les propriétaires montent à bord de leurs bateaux importés d’Italie, de France ou du Royaume-Uni, ce n’est que pour quelques heures. Le plus souvent, ils restent à quai et reçoivent des amis. Les plus aventureux prennent la mer pour longer la côte de Dalian.

La plaisance en Chine s’est développée à partir de 2007 avec la création de la première China Cup International Regatta. Les acheteurs étaient surtout de grandes entreprises ou des groupes immobiliers. Leur but n’était pas de naviguer mais d’organiser des événements à quai. À partir de 2012, les ventes ont baissé: «La raison principale, c’est le ralentissement du marché immobilier et la baisse du yuan», explique Stéphane Gonnetand, cofondateur et directeur associé de ODC Marine, concessionnaire du français Bénéteau. Le marché a aussi souffert de la campagne anticorruption lancée par le président Xi Jinping. Les membres du parti les plus aisés ont alors mis un frein à leurs dépenses ostentatoires.

Depuis la fin de 2014, ODC Marine a constaté «un basculement du luxe au loisir». Si la Chine, à l’inverse de l’Europe, s’est ouverte à la plaisance en commençant par les yachts et de bateaux de grande taille, elle privilégie aujourd’hui des tailles moins imposantes. «Les bateaux sont plus petits car ce sont des particuliers qui achètent, ils s’intéressent vraiment à la navigation et veulent profiter en famille ou entre amis», explique Stéphane Gonnetand. La plupart de ses clients achètent un bateau pour la première fois: «Nous passons beaucoup de temps à les accompagner et leur expliquer comment entretenir le bateau et comment réagir en cas d’accident.» Sans compter certaines exigences parfois inattendues: «Il y a deux semaines, un client m’a demandé un voilier sans mât car la navigation ne l’intéresse pas…»

Une forte concurrence

Selon la société d’études Daxue Consulting, la Chine compte 149 marinas dans le pays avec plus de 16.000 bateaux de plaisance. La plupart font entre 5 et 8 mètres. La grande majorité provient de constructeurs européens comme le français Bénéteau. L’italien Ferretti ou le britannique Sunseeker et 36 entreprises étrangères sont implantées dans l’empire du Milieu. Une forte concurrence donc, accentuée par l’apparition de concessionnaires locaux. Cet engouement qui n’est pas anodin puisque sur la seule année 2014, le marché des yachts représentait plus de 2 milliards d’euros en Chine. Il devrait atteindre 7 milliards en 2020.

Aujourd’hui, malgré des frais d’importations élevés (environ 43 %), des places en marina onéreuses et des coûts d’entretien importants, le marché se démocratise de plus en plus. Sur la marina de Xinghai, on trouve des couples de jeunes mariés qui louent le bateau des autres pour leurs photos de mariage. De l’autre côté du ponton un groupe d’amis – costumes pour les hommes et talons hauts les femmes – s’offrent une partie de pêche sur un bateau loué pour l’après-midi.

Chang Yong Qi, lui, vient suivre son dernier cours de navigation avant le grand examen final. Ce chef d’entreprise souhaite s’acheter un petit bateau maintenant qu’il a du temps. «Les gens ne se rendent pas compte, dit-il, que le temps et la qualité de vie sont aujourd’hui bien plus importants que l’argent.»

Cet article est publié dans l’édition du Figaro du 17/08/2016.
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Elodie Goulesque

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